Villes Architectures et Territoires

Département VAT – École Nationale Supérieure d'Architecture de Paris Malaquais / "Cities Architecture Territories" Department

Phoenix : une métropole dans le désert – Anne Pellissier

Le récent et rapide développement de Phoenix l’a menée au rang de métropole mondiale : 5ème ville des USA en population depuis 2006, avec l’Arizona comme 1er état du pays pour la croissance économique en 2004 et 2005.À chaque étape de son développement correspond un progrès technique venant répondre à un problème qui – jusqu’alors – empêchait la ville de se développer : barrage et contrôle de l’eau, communication à distance et contrôle de l’espace, et enfin climatisation et contrôle de l’air. Phoenix est donc (comme nombre d’autres villes développées) dépendante de la technique, mais n’est elle pas plus vulnérable car elle est presque « née » grâce à cette technique, et ce il y a à peine 50 ans ?Elle trouve les bases de son histoire dans un « artificiel » récent. De plus, elle s’inscrit dans une lignée de « villes du gaspillage » notamment d’espace, mais aussi d’énergie et d’eau : Phoenix, pourtant historiquement aride, est le paradis du golfeur… On parle aujourd’hui de recherche sur la ville écologique et expérimentale, de durabilité, d’économie d’énergie, de ressources… C’est l’expression de la conscience d’un problème réel mais aussi de la mise en place de nouvelles stratégies de développement des villes : aujourd’hui Phoenix se développe-t-elle en prenant en compte sa durabilité à long terme (voire à court terme) ? Et demain, quel visage aurait une Phoenix-après-la-croissance, encore plus grande, étalée et dépendante, dans le scenario-catastrophe d’une importante crise écologique, pétrolière… ?Comment expliquer l’implantation et le succès d’une métropole en plein désert ?Quelles logiques ont entrainé le développement de Phoenix, et quelle est la durabilité des modes de vie qu’elles engendrent ?

Sommaire

Phoenix, les paradoxes d’une domestication optimiste face à la menace du durable

METROPOLE vs DESERT

Phoenix et les métropoles

Métropoles Mondiales

L’ouest de l’Europe, la côte Est de l’Asie et l’Amérique du Nord sont les parties du monde qui accueillent aujourd’hui les plus grands aéroports, donc qui sont les plus reliées entre elles et au reste du monde. L’aéroport de Phoenix a sa place dans les 30 plus grands, et on peut considérer la capitale de l’Arizona comme une métropole à l’échelle mondiale.

Avec la plus forte croissance démographique du pays, elle est maintenant 5e ville des Etats-Unis pour la population. Sa croissance ne semble pas s’essouffler : le climat doux et le succès de son activité économique (en particulier lié à l’industrie électronique, qui a commencé à se développer avec l’implantation de Motorola en 1949) attirent une population majoritairement Etats-Unienne, mais aussi étrangère, provenant en particulier du Mexique, pays frontalier. Phoenix, à l’image des autres métropoles mondiales, doit donc faire face à des problèmes liés à sa taille et à son fonctionnement, au quotidien comme à long terme. Bernardo Secchi affirme que tous les problèmes des grandes métropoles doivent être référés à trois grandes familles de problèmes : l’environnement, qui renvoie directement à la mobilité – étant l’une des principales responsables des émissions de CO2 – , la ségrégation et l’égalité sociale et enfin la ville continue, phénomène très actuel d’urbanisation périphérique reliant les villes entre elles. Phoenix, métropole mondiale, illustre bien ces thèmes : elle est la ville de la voiture, de la climatisation, elle a vu naître des quartiers fermés et les premières gated communities, et sa croissance démographique et donc urbaine est l’une des plus rapides du pays.

Urbanisation des USA

La population Nord-américaine est majoritairement répartie dans la moitié Est : sur la côte une ville continue relie Boston, New-York et Washington. Par ailleurs, entre de très grandes villes comme Chicago, Detroit ou Miami, on observe un peuplement relativement dense et homogène. La moitié Ouest, en revanche, est plutôt caractérisée par des Etats quasi déserts (Dakota du Nord, Dakota du Sud, Nebraska, Kansas, Montana, Wyoming, Colorado, Nouveau Mexique, Idaho, Nevado, Utah, Arizona, Nevada), à l’exception des états de la Côte Pacifique avec du Nord au sud, les quatre métropoles : Seattle, Portland, San Francisco, et Los Angeles. Les Etats situés entre la côte Ouest et la limite de la moitié Est sont très peu peuplés et seuls l’Arizona, l’Utah et le Colorado se démarquent avec une ville de plus de 2 millions d’habitants. Ainsi, du point de vue de l’urbanisation, à l’échelle des USA, l’agglomération de Phoenix, avec plus de 4 millions d’habitants, a une position de métropole dans le désert. Du point de vue de la géographie physique, l’observation est la même : on trouve en Arizona plusieurs déserts et au delà des limites – certes floues – de la ville, la densité redevient vite presque nulle, laissant le désert dominer. Au sud, la ville de Tucson – 500 000 habitants – est l’autre grande ville de l’Etat : on a donc deux grandes villes et des déserts, et non pas un Etat désert.

L’Arizona, est – du point de vue de la répartition de la population dans le pays – plus attractif que les Etats qui l’entourent. Il semblerait presque être une « annexe » de la Californie, dont le territoire est aujourd’hui très urbanisé. Si l’on imagine un futur où l’étalement urbain rapide et incontrôlé aurait continué à suivre son cours, l’aire urbaine agrandie de Phoenix-Tucson pourrait être le bout d’une ville continue commencée sur la côte Ouest avec San Francisco et Los Angeles. Le scenario d’une ville continue allant de San Francisco à Phoenix est en réalité loin de la situation actuelle : si la côte Pacifique s’urbanise presque entièrement, la séparation avec l’agglomération de Phoenix – créée par le vide, l’espace du désert – est très nette. Et c’est en fait cela même qui permet de penser l’Arizona comme un Etat annexe de la Californie. Outre sa puissance économique, l’image associée à la Californie reste l’environnement idyllique, l’accession à une maison, une piscine, dans une ville qui n’est pas urbaine : pas de densité, pas de stress, et la nature proche de tous. Or, L.A. aujourd’hui est la référence en matière de ville étalée, donc destructrice. Elle a grandit trop vite, et malgré – mais aussi à cause – de cela, elle continue à attirer et à grandir. Ne pouvant s’étendre à l’infini – sous peine, entre autres, de perdre toutes les aménités liée à son environnement initial – elle doit trouver une annexe. Une ville plus loin permettrait ainsi de faire perdurer la réalisabilité du fantasme de la vie Californienne. Une transposition du rêve alors, mais dans une ville d’envergure moindre, sans la mer, et sans le nom…

Attirances et répulsions

L’observation des migrations de population inter-Etats va dans le même sens : l’Arizona fait partie des régions aujourd’hui attractives, et ce notamment pour les Californiens. En effet, seuls 35% des habitants de l’Etat y sont nés, 13% viennent de l’étranger, donc plus de la moitié est originaire d’un autre Etat du pays. La population migrante provient notamment des Etats voisins (Utah, Colorado…) que l’on qualifiait plus haut de «vides», mais aussi et surtout, les migrants viennent du Nord-Est, de la côte Ouest, et du Texas, qui sont les régions les plus peuplées et les plus actives des USA. Le fait que les régions les plus peuplées représentent une part plus importante dans le calcul final des provenances semble logique, en revanche, le fait que ce soient les plus actives – économiquement et culturellement – est moins évident. Pourquoi quitter ces régions historiquement actives pour aller dans le désert ? La carte des zones «attractives» et «répulsives», réalisée avec le cumul des flux migratoires dans le pays montre que la tendance est de quitter la Californie, le Nord-Est et le centre. On n’a pas réellement à faire à un retournement de situation : le Texas, la Floride, les régions de Seattle et de Portland attirent toujours, et le centre-vide du pays reste vide. Pourquoi des régions symboliques telles que la Californie ou le Nord-Est sont-elles répulsives ? Le Nord-Est, historiquement première région industrielle est en déclin depuis les années 70, mais reste vital pour le reste du pays, quant à la Californie et sa Silicon Valley, c’est une référence dans le domaine des hautes technologies, et c’est pourtant aussi dans ce domaine que Phoenix se démarque.

Organisation générale de Phoenix

L’Arizona attire, donc c’est Phoenix – avec 86 % de la population de l’Etat – qui attire. En disant « Phoenix », on parle de son aire urbaine, qui rassemble plusieurs villes (notamment Scottsdale, Tempe, Mesa, Glendale…). Contrairement aux villes européennes, elle ne s’est pas développée d’abord dans ses murs : les limites administratives de Phoenix – comme des villes voisines – ne correspondent pas à l’aire urbanisée, dont le développement semble suivre une autre logique. L’aire urbaine, qui s’étend environ sur 60 km, est très peu dense : elle accueille trois fois moins d’habitants que l’ensemble de l’agglomération parisienne (les aires urbaines de Phoenix et de Paris élargit étant à peu près similaires). La faible densité de Phoenix est réputée et travaillée : construite entre les déserts et les montagnes, elle possède de nombreux parcs et réserves naturelles, et l’habitat y est presque partout individuel. Seul Downtown Phoenix, situé autour du croisement entre Central Avenue et Washington Street, perturbe le skyline avec ses quelques buildings de « grande hauteur » (on reste loin de Manhattan…).

Phoenix est développée selon une trame, mais est structurée par des Freeways qui ne la suivent pas : les Freeways radiales, reliant les villes lointaines entre elles, ont précédé l’expansion de la ville, en revanche l’autoroute périphérique n’apparait qu’à partir des années 80, donc une fois le boom démographique amorcé. Une trame typique de ville américaine, souvent perturbée par le relief très présent à Phoenix, mais qui est aussi la trame de terres agricoles : la séparation entre les champs suit la même grille que celle qui dicte le tracé des rues. Ainsi, on imagine assez bien la facilité qu’il y a à étendre la ville et urbaniser les champs voisins : un champ de moins, quatre blocks en plus, l’horizon à peine éloigné, on n’y voit que du feu… Un environnement naturel très présent, une trame, des constructions majoritairement basses, voilà pour l’aspect visuel général. Ce que l’on peut aussi noter à propos de Phoenix, par rapport à son organisation, est qu’elle est très zonée. La majorité des commerces, activités et industries sont rassemblés dans une ceinture horizontale, encadrant Downtown et l’aéroport, et suivant quelques routes importantes vers le reste de la ville (notamment Grand Avenue, la seule route diagonale de la ville). Ce zoning relativement radical – en zoomant on trouve bien sur des activités et des commerces plus loin – pousse les habitants à beaucoup se déplacer dans la ville. Les transports en commun (presque exclusivement des bus) étant très peu développés, et les distances étant grandes, la voiture prime. La trame régulière offre a priori une égalité dans l’accessibilité – en voiture – à toutes les parties de la ville. Depuis janvier 2009, un nouveau système de transport en commun se développe : Light rail, un tram qui circule plus ou moins dans la «ceinture d’activité», et qui est cher, donc qui ne peut remplacer la voiture individuelle pour les habitants de la ville.

Le désert : situation géographique et ressources

En Arizona, les changements d’altitudes permettent de traverser rapidement des paysages très différents les uns des autres : au nord, il y a les terres rouges du Plateau, puis les prairies, les montagnes enneigées en hiver, et les déserts au sud… On traverse plusieurs déserts, de climats différents : le Mojave à l’Ouest, chaud et sec, et où l’on trouve des buissons bas, le Sonora (le désert le plus présent) où poussent les cactus Saguaro, qui stockent l’eau des deux «moussons» annuelles (appelées ainsi non pour la quantité d’eau qu’elles amènent, mais pour leur régularité dans l’année), en enfin au Sud-Est, le désert de Chihuahua, où les précipitations sont abondantes, donc la végétation plus verdoyante. L’eau vient principalement de la fonte des neiges des zones montagneuses : les déserts sont en effet séparés du Plateau par plus de 600 mètres de dénivelé. Ainsi, dans cette région du Plateau, on trouve quelques rivières alimentées par les montagnes, et les précipitations étant un peu plus fortes, on voit principalement des prairies. Les chutes d’eau restent trop faibles pour les cultures, et c’est l’élevage qui prime. L’agriculture n’est donc possible que grâce à l’irrigation, ainsi, paradoxalement, c’est dans les désert qu’on cultive. Phoenix est situé dans la région des déserts, et est ainsi entourée de terres agricoles.

La ville de Phoenix s’implante donc grâce à l’irrigation. Elle a puisé d’abord son eau dans la Salt River, au Nord de la ville, mais irrigue surtout la Colorado River. Ce fleuve est actuellement en voie d’assèchement, car il alimente plusieurs grandes villes, et en particulier la très consommatrice Las Vegas. Le Colorado River est aussi une source de conflits pour l’Arizona et la Californie (il coule à leur frontière). Le problème de l’eau et de l’assèchement des ressources naturelles est présent et récurrent. L’épuisement des ressources est lui-même directement lié à leur préservation. Phoenix jouit d’une position privilégiée dans son rapport à l’espace et à la nature, et c’est l’une des qualités qui attire le plus. Malgré son expansion, elle a su préserver les espaces naturels et les parcs au sein même de la ville, ce qui apporte une qualité de vie non négligeable à ses habitants. Pour cet usage aussi, le manque d’eau est problématique, et la demande pour la préservation des espaces naturels entre en compétition avec celle du développement résidentiel, industriel ou commercial de la ville. Phoenix possède, par exemple, le plus grand parc national du pays : on l’appelle aujourd’hui le Salt River Mountain, car sa création est à l’origine de l’assèchement de la Salt River, donc le fleuve qui avait permit les premières implantation humaines dans la région…

La suite sur www.atlasdesvilles.net (identifiant : ouarpo / mot de passe : ouarpo-edit)

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Cette entrée a été publiée le 21 septembre 2012 par dans Articles, R8/R9 - Le Paysage Mondial des Villes, et est taguée , , .
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