Villes Architectures et Territoires

Département VAT – École Nationale Supérieure d'Architecture de Paris Malaquais / "Cities Architecture Territories" Department

Le monorail oublié – Alice Dubet – PFE 2013

Directeur d’étude : Marc Armengaud Second Enseignant : Florian Julien Suivi de mémoire : Anne Bossé

PFE DUBET 2013 Carte

Introduction/Diagnostic

Ce projet de diplôme s’attache à appréhender une infrastructure dans le paysage, un objet construit mais oublié, le monorail de l’Aérotrain, ligne de béton de 18 kilomètres qui enjambe la Beauce à 5 mètres de hauteur au Nord d’Orléans. Ce rail, qui a été construit dans les années 1970 en tant que voie d’essai pour un nouveau transport en commun sur coussin d’air, l’Aérotrain, a été délaissé depuis que la France a adopté le TGV. Inactif depuis 40 ans suite à quelques années de gloire, il fait aujourd’hui partie intégrante de la vie des habitants tout autour, résonne dans leur passé mais aussi dans leur imaginaire. C’est un objet en attente, une énigme, qui porte encore le gout amer de l’échec et du fiasco, parfois aussi d’une certaine nostalgie. Il évoque un futur sans pour autant l’imager. Ne reste que cette voie de béton, brutalement moderniste, au milieu des champs. A la fois d’une ampleur considérable sur le territoire, mais aussi si fin qu’il en est oublié dans l’horizontalité extrême de la Beauce, c’est un objet flottant non identifié. tourne PFE DUBET 2013 Image Par son ampleur sur le territoire et sa force narrative, il a le droit d’exister, non pas pour son premier usage, car on a déjà vu qu’il ne l’a pas porté bien longtemps, mais sous d’autres formes, nouvelles et multiples. L’infrastructure est un objet qui nous appartient rarement en tant qu’architectes pourtant elle nous appartient à partir du moment où on construit tout autour, à l’intérieur, dessus, dessous et il s’agit en permanence de jouer avec. La contemplation guidée et raisonnée de cette infrastructure devient importante afin de s’en emparer pour la considérer comme un objet d’architecture à part entière. Il s’agit ici de se placer pour parvenir à s’en emparer et à appliquer un effet de levier au territoire et mon projet se propose de s’en emparer à travers une fiction à choix multiples. Cette fiction élabore différents futurs possibles. Il s’agit de faire le parallèle, entre une fiction qui joue sur la temporalité de l’évolution du territoire et sur une réalité à appréhender par des parcours et des rencontres construites autour de l’objet du monorail. Nous sommes donc dans un aller retour systématique entre la fiction et le réel, où les observatoires seraient autant de portes d’entrées dans la complexité de l’objet et dans les différentes ramifications de la fiction.

Moyens

Le texte est ici le moyen de raconter à la fois les raisons de la présence de l’objet sur le territoire (son passé), d’intégrer l’analyse de l’objet et du territoire (son présent), mais aussi d’introduire dans ce présent un élément perturbateur architecturé qui sera cet archipel d’observatoires. Cet archipel est le point de départ à la fois physique (dans la réalité) et fictif (dans le récit) de nouvelles ramifications pour des futurs possibles. Ces futurs possibles sont tirés de l’observation du territoire. Ce monorail a fait l’objet de différents pèlerinages. Si je ne les ai pas programmés dès le début comme tels, ils se sont finalement succédés de façon assez logique. La première visite s’est faite latéralement, par le train, de Paris à Orléans afin de voir l’aérotrain comme je l’avais toujours vu, à distance, d’un wagon en mouvement rectiligne et à une vitesse fixe. Selon Marc Desportes, dans Paysages en mouvement, « Lors d’un voyage en train, tout paraît flou si l’on regarde trop près et il faut se contenter de ce qui fait signe -­‐ brèves sensations, grandes lignes à l’horizon… Face aux limites imposées, le voyageur cherche à happer un détail et veut le suivre des yeux tant qu’il peut. » Ce détail est ici long de 18 kilomètres. Cette première approche a permis de discerner différentes séquences, champs, ville, forêt, pour faire une première liste de caractéristiques. La seconde visite a consisté à aller le voir de plus près en voiture. J’ai constaté à cette échelle d’autres choses, son inaccessibilité, sa pérennité, son indestructibilité et ai pu commencer à ne plus le voir comme une ligne homogène. Enfin la dernière visite s’est faite à pied, pour le vrai pèlerinage. Celui où tout le corps est impliqué dans la réalité du territoire du monorail. Ce dernier trajet m’a permis d’observer l’objet et son environnement immédiat et j’ai découvert que chaque travée semble abriter sa propre nature. Ces observations, parfois très pragmatiques, correspondait donc à trois niveaux d’analyses. Après les avoir classé par thèmes, hiérarchisé, elles ont permis de déplier 17 scenarios sur le monorail. J’ai vite réalisé que ces scenarios, isolés les uns des autres, perdaient de leur force. Il devenait facile de tomber dans l’anecdote. La solution n’était donc pas dans la combinaison mais dans la succession. C’est en les malmenant, dans une gymnastique de l’esprit que je me suis rendu compte que certains pouvaient se positionner les uns à la suite des autres, étalés dans le temps. C’est cette donnée temporelle qui a peu à peu amenée à fabriquer une fiction. Et en les hiérarchisant de cette façon, dans différents temps parallèles, s’est construite la trame d’un nouveau récit qui allait permettre de prolonger cette branche avortée du passé. Cette fiction est donc le résultat d’un long processus d’analyse, déplié à partir de l’observation du territoire. Elle m’a permis de prendre ce territoire à bras le corps. Pour faire naître ces nouvelles ramifications, on introduit donc une perturbation dans le réel et dans le récit, c’est cet archipel d’Observatoires. L’Observatoire est le lien entre le territoire et cette histoire, il la révèle, lui permet d’exister, de prendre forme, de rencontrer la réalité. L’Observatoire est l’occasion de tisser l’histoire dans le territoire en appréhendant l’objet par les sens. L’Observatoire n’est pas ici pensé comme un objet passif. Il est le lieu à partir duquel le visiteur va pouvoir prendre connaissance de la fiction et faire le choix de découvrir telle ou telle ramification, en se déplaçant géographiquement dans le territoire, et en rejoignant l’un des autres observatoires qui correspond à chacune des suites possibles du récit. Chacun de ces lieux est conçu en relation étroite avec le texte, et le visiteur/lecteur observe et éprouve le monorail et le territoire dans les conditions du texte. L’observatoire de Mauchêne par exemple est celui à partir duquel le récit commence à se ramifier, c’est le premier observatoire, il permet de mettre le pied dans la fiction, il est sa porte d’entrée. Il correspond à la rencontre avec l’objet, et permet de vivre physiquement les dimensions de l’objet, de faire corps avec son territoire. Ces observatoires sont à l’articulation des différentes étapes du projet. A chaque fois ils sont l’impulsion d’une ramification. //Prenons l’exemple de l’une des alternatives. Après avoir été sur les observatoires, et défié le rail de différentes manières, les communes décident de revenir sur l’accessibilité du viaduc. Elles en font un circuit de randonnée et commencent à entrevoir le profit qu’elles pourraient tirer de l’objet. L’accès se concentrant pour l’instant en un seul point, le public réclame alors le droit de pouvoir disposer du rail de façon plus libre, et veulent de nouveau accès. Ils sont donc construits et équipés de tables d’observations détaillant le panorama ils proposent. Attirant de plus en plus de monde, sur ces belvédères viennent s’installer de petites entreprises qui transforment le rail en objet de loisirs. Ces constructions se développent jusqu’au sol et de petites échoppes veulent aussi profiter de cette manne. Elles commercialisent diverses miniaturisations du monorail, diffusant une nouvelle image de l’objet. Ce que l’on vient de raconter, c’est en fait la succession des scénarios Randonnée, Mirador, Tables d’observations, Loisirs, Miniaturisation, qui découlent eux même respectivement du fait que le monorail soit inaccessible, qu’il abrite une faune considérable, qu’il s’agisse d’un promontoire au milieu des champs, et qu’il ne puisse être imaginé hors de son sol de par son extrême pérennité. Cette branche correspond donc au développement de l’accès au dessus du rail et va permettre la naissance de deux autres ramifications à partir de nouveaux observatoires. Cette articulation permet soit de poursuivre cette voie /sur le rail en oubliant le sol, soit d’opérer un basculement vers la surface couverte par le rail, redonnant une nouvelle valeur au sol. Nous sommes dans une optique ou le rail est capitalisé, on voit alors apparaître une interaction possible entre des services, des habitations, une structure qui devient habitée et la forme principale de l’observatoire, parce qu’il y a un échange de richesse possible. A chaque fois l’observatoire est donc défini par la fiction, et pour cette branche en question, il s’agit de l’observatoire des Grands Réages. Il consiste en un escalier littéralement greffé au béton du rail, à son extrémité Nord. Il est fait de telle sorte qu’il se fonde au rail, matériellement et structurellement, comme s’il avait toujours été là. C’est grâce à lui que va pouvoir se déplier le futur dont je viens de vous parler. C’est grâce à lui que les premiers visiteurs vont pouvoir circuler sur le rail, alors que c’était interdit jusqu’alors. Les deux suites Sur ou Sous le rail sont introduites par deux autres observatoires, celui du Vieux Cercottes ou celui de la Mare au Bœufs. Le premier qui situé dans une zone urbanisée est en fait un sol surélevé entre deux poteaux, circonscrit par le rail au dessus de lui. Ce sol est légèrement concave, il permet au visiteur de ressentir l’aspect protecteur du rail, sans pour autant savoir nommer ce sentiment, il réalise la surface qui s’offre à lui sous chacune de ces travées, environ 70m2, c’est un début d’intérieur. Les poteaux existants de part et d’autres ferment un peu plus cet espace. Le deuxième est un observatoire plus élitiste, c’est une boîte suspendue sur le rail, accessible par une échelle perdue au milieu des champs. Sa structure est complètement dépendante de celle du monorail, elle l’enserre. Lorsque l’on est debout à l’intérieur, le béton du rail est au niveau du regard, les dimensions de l’objet invite le visiteur à se hisser sur le rail pour s’y asseoir et contempler l’immensité de la Beauce devant lui. Les différentes ramifications de la fiction aboutissent pour le monorail à différents états, sur des échelles de temps très longues. Au final elles amènent toutes en quelque sorte à la ruine, à l’oubli de l’objet. Il s’agit de le reconquérir alors qu’il est actuellement en attente, de lui inventer des futurs possibles pour mieux le réintégrer à son présent, à son territoire, afin de lui donner le droit à l’oubli. En l’inscrivant dans une narration en mouvement, on le « consomme », pour pouvoir dignement l’oublier.

Conclusion

Ce processus d’épuisement de l’objet passe donc par une fiction qui, s’entremêlant entre territoire et réalité, permet de questionner les consciences pour établir une nouvelle relation à l’objet. Plutôt qu’une fin expéditive ou pas de suite du tout, c’est une existence fictionnelle multiple. Mon projet c’est donc d’insérer des amorces raisonnées sur le territoire et leur permettre de prendre racine grâce au texte. Peut être que le récit en réalité, le futur, va être complètement autre chose, mais échafauder ce narratif m’a permis de créer les impulsions de la transformation pour devancer le réel. Devancer le réel, ça passe aussi par les institutions, et ce projet acquiert d’autant plus de force que deux événements importants pour le territoire coïncident cette année: la naissance en janvier dernier de la communauté de communes de la Beauce Loiretaine (qui correspond à la zone géographique du monorail) qui comble un vide institutionnel, (en effet jusqu’alors ces communes ne se concertaient que pour des questions de gestion, elles vont maintenant intégrer la notion de projet dans leurs décisions) ET la réouverture du FRAC Centre, situé à quelques kilomètres de là, qui s’intéresse depuis 20 ans aux rapports entre art et architecture et surtout aux recherches expérimentales des années 1970 sur la ville. Le rapprochement de ces institutions autour du monorail semble donc inévitable.  Là où les gens qui habitent ce territoire voient l’infrastructure de manière complètement linéaire, j’essaie de la propulser dans l’espace pour dynamiser une épaisseur du territoire. L’objet devient le guide d’un développement, d’une dynamique, de rapprochements, il permet de développer des strates de fictions, qui elles-­‐mêmes auront le potentiel de développer des strates de projet.

Alice Dubet

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Cette entrée a été publiée le 3 septembre 2013 par dans Diplomes, Projets, Uncategorized, et est taguée , , , , , , .
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