Villes Architectures et Territoires

Département VAT – École Nationale Supérieure d'Architecture de Paris Malaquais / "Cities Architecture Territories" Department

Cultures matérielles, conditions migrantes – Studio (P7-9)

Encadrantes responsables : Anne Bossé, Ariane Wilson

 

Objectifs du studio

Ce studio propose de mettre en relation fait migratoire, territoire, culture matérielle, activité de conception et fabrication. Son intérêt est d’explorer les potentiels, pour le projet, du faire avec les questions multiculturelles, non pas en les abordant à partir d’un horizon politique idéal (celui du vivre ensemble ou de la mixité sociale) mais en observant le territoire comme le lieu concret du multiculturel en train de se fabriquer.

La culture matérielle est fondamentale à la condition migrante, elle est une ressource pour habiter, pour interagir, et la concrétisation d’un réseau de mouvements, d’usages et de savoir-faire.

Ce studio teste l’hypothèse que les artefacts permettent de tenir ensemble des individus de cultures différentes, tout en dosant le degré d’inclusion ou d’exclusion. La matérialité des lieux où s’installent les membres d’une diaspora, des bâtiments hybrides et des objets transnationaux, nous dévoilent tous les bricolages, issus d’arrangements, de compromis et de réinterpétations qui permettent l’ancrage et l’attachement des minorités migrantes.

Maison d’un lotissement moderniste transformée en kebab, église évangéliste dans un ancien casino, mosquée contemporaine faite de pierres taillées en Turquie, espace public conçu à partir de la vente ambulante, carré musulman dans un cimetière français, autel pour la prière matinale dans une cuisine… Les biographies de ces artefacts – de leur fabrication à leur usage à leurs détournements -, révèlent les négociations matérielles et spatiales qui façonnent des identités transnationales sans cesse fluctuantes. Dans ces artefacts, les grands phénomènes mondiaux rencontrent le concret et forment une nouvelle (micro)territorialité matérialisée.

 

En considérant l’architecture et le paysage urbain en tant que cultures matérielles, ce studio donne un rôle à l’architecte dans le réseau d’interactions qui fabriquent ces territorialités. L’architecture a toujours été une histoire de transfert, elle ne serait pas pensable sans migrations. Comment l’architecte peut-il se saisir des altérités culturelles sans être ni dans le déni des différences, ni dans leur caricaturisation, par le pastiche ou les métaphores faciles ? Il doit pouvoir prendre en charge les articulations toujours fluctuantes entre populations arrivantes et populations ancrées, concevoir transferts, adaptations, réinventions depuis son propre savoir culturellement situé.

 

 

Contenu

Nous nous intéresserons ce semestre à deux communautés, que nous comparerons, choisies parmi les diasporas que nous pourrions appeler « discrètes » dans le paysage politique actuel : la communauté sri lankaise et la communauté philippine, dans ce qui les définit comme communauté, mais aussi dans leur hétérogénéité interne (nous ne nous situerons donc pas face à la migration dans un contexte immédiat de crise et d’urgence).

Nous suivrons ces communautés à Paris et dans sa proche banlieue, sur le réseau de leurs propres lieux et non sur un site unique (logement, lieux du travail, lieux de cultes, loisirs….) : lieux visibles et invisibles, à l’appropriation explicite ou implicite. Comment se rencontrent et s’assemblent, dans un nouveau lieu, les éléments qui font l’identité des objets, des architectures, des espaces publics – typologie, cadre juridique, morphologie urbaine spécifique, tradition spatiale, mais aussi maître d’ouvrage, architecte, ouvrier spécialisé, financeur, ou encore composants et matériaux provenant de différentes parties du monde.

Le processus de projet s’inscrira fortement dans la ressource créative qu’est le réel et se fondera dans la recherche. Nous partirons du principe qu’il faut éprouver pour comprendre, se confronter aux récits, aux ambiances, au contexte juridique et administratif, aux lieux du commun et du différent.

Inventaire de formes existantes, cartographies des trajectoires biographiques d’objets et de personnes entremêlées, conceptions d’objets migrants et d’artefacts pluriculturels : nous chercherons à articuler enquête et conception.

 

Un voyage à Cologne nous permettra de nous confronter à d’autres situations et expressions de transfert spatial et matériel. Il fera partie d’un échange régulier avec des enseignants de la faculté d’architecture de la RWTH Aachen engagés dans un programme de recherche et de conception sur les lieux de la transculturalité.

 

 

Travaux demandés

Le projet se décompose en quatre temps équivalents et provoque des allers retours entre enquête et conception.

 

Les étudiants seront amenés dans un premier temps collectif à cartographier l’espace transnational des deux communautés dans toutes ses dimensions (stratégies et trajectoires spatiales) et à compiler les objets qu’elle déplace avec elle et crée en interaction avec son nouvel environnement (appelons les « objets migrants »).

Dans un second temps, l’enquête in situ sur des situations précises permettra de constituer un répertoire de gestes, de matérialités, d’agencements révélant le multiculturel en train de se fabriquer, et de repérer les interfaces, seuils ou frottements avec d’autres populations où se dessinent des possibilités d’action.

Dans un troisième temps, une proposition de transformation matérielle d’un lieu existant, de détournement d’un dispositif générique ou la fabrication d’un artefact permettra de révéler comment le projet participe d’une connaissance et d’une critique tant des politiques menées que des routines quotidiennes.

Dans un quatrième temps, la remise en jeu collective et publique du travail auprès des acteurs des communautés et de chercheurs spécialistes des questions du transfert culturel conduira à redessiner le projet, et produire une synthèse collective.

 

Mode d’évaluation 

La structuration temporelle du studio lui est essentielle. Les étudiants seront évalués sur leur capacité à participer à l’avancement collectif, à projeter par l’enquête, mais aussi à produire les temps et moments de discussion collective et de théoriser l’approche proposée pour leur propre position d’architecte. Les modes et les formats des 4 temps de restitution seront variés, permettant aux étudiants d’explorer leurs propres modes de production.

 

Repères bibliographiques :

« Paysages en migrations », n°23, Les carnets du paysage, octobre 2012.

« Géographie des objets », Géographies et cultures, 91-92, 2015.

« Diasporas indiennes dans la ville », Hommes et migrations 1268-1269juillet-octobre 2007  (dossier dirigé par Catherine Servan-Schreiber et Vasoodeven Vuddumalay).

King, Anthony D., Spaces of global cultures. Architecture Urbanism Identity, Routledge, 2004.

http://www.makingheimat.de/en

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